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Madagascar : Quand l’agriculture familiale se heurte à la rareté des terres
Paysage agricole sur les hautes terres de Madagascar © P. Burnod, Cirad
Une agriculture familiale sous pression
À Madagascar, l’agriculture représente le principal secteur d’emploi et repose très largement sur des exploitations familiales. Pourtant, cette forme d’agriculture fait face à un paradoxe : alors que l’on évoque souvent l’existence de vastes réserves foncières, la réalité locale est différente. Dans de nombreuses zones agricoles, la terre vient à manquer, notamment là où la densité de population est élevée et les dynamiques de peuplement anciennes.
Face à une croissance démographique et à un contexte socio-économique fragile, l’accès au foncier devient un enjeu de survie pour de nombreux ménages ruraux. Pourtant, les données récentes manquent pour éclairer les débats et orienter les politiques publiques.
Une étude en partenariat dans 47 communes pour renseigner les dynamiques foncières
En s’appuyant sur 10 ans de recherche en partenariat, cette étude valorise 10 bases de données couvrant plus de 6 000 ménages dans 47 communes du pays. Cette échelle d’analyse a permis d’apporter des éléments de comparaison pour une meilleure compréhension des contraintes foncières et des leviers des agriculteurs familiaux dans 5 zones agroécologiques du pays.
L’étude apporte trois principales contributions à la compréhension de l’accès au foncier :
1. Une rareté foncière marquée, zone par zone
L’étude confirme que les surfaces agricoles effectivement utilisées par les ménages sont globalement très limitées. C’est notamment le cas dans les Hautes Terres et dans l’Est du pays, où les superficies cultivables sont déjà très réduites et continuent de diminuer, notamment sous l’effet des divisions familiales intergénérationnelles.
Certaines zones comme l’Ouest, le Moyen-Ouest et le Nord présentent encore des superficies agricoles relativement plus importantes, mais ces ressources foncières tendent elles aussi à se raréfier. A côté d’exploitations mieux dotées, la part des très petites exploitations est importante (entre un quart et la moitié). Cette étude vient ainsi nuancer les représentations stéréotypées de Hautes Terres saturées versus un grand ouest aux terres « abondantes ».
2. Des inégalités foncières entre et au sein des régions
La rareté foncière qui tend à se généraliser ne doit pas masquer des inégalités importantes au sein des petites agricultures familiales. L’étude met par exemple en évidence que les exploitations de “grande” taille, soit supérieures à 3 ha sont peu nombreuses (entre 6% et 19% des exploitations selon les zones), mais concentrent entre 34 et 64% de la superficie agricole des territoires.
A l’échelle des différentes zones étudiées, on retrouve une proportion significative de très petites exploitations dans les Hautes Terres et dans l’Est, tandis qu’à l’Ouest, Moyen Ouest et au Nord, les très petites fermes constituent entre un quart et la moitié des exploitations.
Dans certaines communes, notamment à l’Ouest et Moyen-Ouest, les marchés fonciers d’achat-vente sont particulièrement dynamiques, permettant à certains ménages de renforcer leur accès à la terre. Au Nord, l’accès repose davantage sur la mise en valeur de terres non cultivées (défrichement), une pratique qui concerne près d’un tiers des ménages.
3. Des pratiques d’intensification face à la pression foncière
Dans les zones où la terre se fait rare, les familles rurales n’attendent pas de solutions venues d’ailleurs : elles s’adaptent. La culture de contre-saison (notamment en zone Ouest), l’exploitation de terres de second rang (pentes, plateaux), une intensification poussée par la nécessité de subsistance, mais aussi par des perspectives de commercialisation figurent parmi les principaux moyens d’intensification foncière appliqués localement.
Une agriculture familiale en quête de solutions durables
Aujourd’hui, pour une majorité d’exploitations, la perpétuation de la division de la terre pourrait aggraver la précarité des ménages. Si des solutions existent — comme la mobilité interrégionale, l’achat-vente de terres ou encore l’intensification agricole — elles restent souvent limitées par des contraintes structurelles telles que le manque d’infrastructures, l’enclavement et l’insécurité (notamment les vols de bétail). Ces résultats montrent la nécessité de recentrer les politiques foncières sur les besoins de l’agriculture familiale.