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MARIGO : un projet structurant pour la transition agroécologique du maraîchage ivoirien
Conception plan ideotypage © MARIGO
Avec MARIGO, la transition agroécologique du maraîchage ivoirien n’est plus seulement une ambition : elle devient une réalité construite collectivement par les producteurs, les chercheurs et les partenaires du développement.
Face à l’urbanisation croissante, à la pression foncière et aux effets du changement climatique, le maraîchage périurbain joue un rôle stratégique dans l’approvisionnement alimentaire des villes ivoiriennes. Pourtant, cette filière reste confrontée à de nombreux défis : dégradation des sols, usage intensif des pesticides et engrais chimiques, difficultés de commercialisation, pertes post-récolte ou encore faible structuration des acteurs.
C’est dans ce contexte qu’a été lancé, en décembre 2020, le projet MARIGO – Maraîchage Agroécologique Périurbain. Financé par l’Union européenne et coordonné par le ºÚÁÏÍø911, le projet a été mis en œuvre jusqu’en juin 2025 dans les régions d’Abidjan, Bouaké, Korhogo et Yamoussoukro.
L’objectif principal était de promouvoir la transition agroécologique des systèmes maraîchers périurbains tout en renforçant durablement les capacités des producteurs, des chercheurs et des acteurs de la filière. Pour y parvenir, le projet s’est appuyé sur un vaste consortium réunissant le ºÚÁÏÍø911, l’École Supérieure d’Agronomie - Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (ESA-INP-HB), le Centre Suisse de Recherche Scientifique (CSRS), l’Institut de Recherche et de Développement (IRD), le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA), plusieurs universités ivoiriennes, des ONG et des structures d’accompagnement agricole.
Au-delà des résultats scientifiques et techniques, MARIGO laisse un héritage structurant : des connaissances partagées, des outils de formation, des réseaux d’acteurs consolidés et des dynamiques territoriales capables de poursuivre les transformations engagées vers des systèmes alimentaires plus durables et résilients. Ce revient sur les principales réalisations du projet, ses impacts et les perspectives ouvertes pour accompagner durablement la transition agroécologique en Afrique de l’Ouest.
Une approche participative au cœur du projet
L’une des spécificités du projet MARIGO réside dans son approche participative. Dès le démarrage, le projet a impliqué les producteurs, les organisations professionnelles agricoles, les structures publiques, les ONG, les chercheurs et le secteur privé dans la définition des besoins et des solutions à expérimenter.
Cette dynamique s’est matérialisée par la création de quatre plateformes multi-acteurs dans les territoires d’intervention. Ces espaces de dialogue ont permis aux différents acteurs de partager leurs expériences, de discuter des contraintes de la filière et de coconstruire des solutions adaptées aux réalités locales.
Reconnues par les autorités locales et nationales, ces plateformes disposent aujourd’hui d’une organisation formelle et d’un fonctionnement autonome qui devraient permettre de poursuivre les échanges et les actions au-delà de la durée du projet.
Le projet a également organisé plusieurs ateliers d’idéotypage associant chercheurs, producteurs, commerçants, ONG et institutions. Ces ateliers ont permis d’imaginer collectivement des systèmes maraîchers plus résilients, capables de répondre aux défis climatiques, économiques et sanitaires auxquels la filière est confrontée.
Comprendre les réalités de la filière maraîchère ivoirienne
Durant plusieurs années, les équipes du projet ont conduit d’importants travaux de diagnostic afin de mieux comprendre le fonctionnement de la filière maraîchère en Côte d’Ivoire. Les recherches ont porté sur les systèmes de production, les pratiques agricoles, la qualité des sols, la santé des plantes, les pertes post-récolte ainsi que les habitudes de consommation des ménages.
Une vaste enquête menée auprès de 5 000 ménages a notamment permis d’identifier une forte demande des consommateurs pour des légumes plus sains et de meilleure qualité. Ces résultats ont confirmé l’intérêt de développer des modes de production plus durables et mieux valorisés sur les marchés. Le projet a aussi permis de dresser un état des lieux précis des pratiques agricoles dans les zones maraîchères étudiées. Les chercheurs ont mis en évidence un recours important aux pesticides chimiques et aux fertilisants minéraux, avec des conséquences sur la santé des sols, la biodiversité et la qualité sanitaire des productions.
Parallèlement, plusieurs travaux scientifiques ont été menés sur les ravageurs et maladies affectant les cultures maraîchères. De nouvelles espèces de ravageurs, de pollinisateurs et d’auxiliaires naturels ont ainsi été identifiées et caractérisées, permettant de mieux comprendre les équilibres biologiques dans les agroécosystèmes maraîchers ivoiriens.
Tester des solutions agroécologiques adaptées aux territoires
Au-delà des diagnostics, MARIGO a expérimenté de nombreuses innovations agroécologiques dans les différentes zones d’intervention du projet. Les essais ont été conduits aussi bien sur des stations expérimentales que directement chez les producteurs afin de garantir leur adaptation aux réalités du terrain.
Plusieurs techniques ont ainsi été évaluées : associations culturales, utilisation de composts et biofertilisants, recyclage des matières organiques, protection physique des cultures ou encore utilisation d’extraits végétaux comme alternatives aux pesticides chimiques.
Les recherches conduites sur la santé des sols ont permis d’identifier des fertilisants organiques alternatifs capables d’améliorer durablement la fertilité des parcelles maraîchères. Les travaux ont également favorisé la valorisation des savoirs locaux et les échanges entre producteurs et chercheurs autour des pratiques de gestion des sols.
Le projet a aussi travaillé sur les technologies de conservation post-récolte afin de réduire les pertes alimentaires. Des solutions innovantes basées sur des traitements physiques par la lumière, des extraits biosourcés ou des films de conservation d’origine végétale ont été testées sur plusieurs produits maraîchers avec des résultats prometteurs.
Former les producteurs et renforcer les compétences
Le renforcement des capacités des acteurs constitue l’un des acquis majeurs du projet MARIGO. Plus de 600 personnes ont été sensibilisées ou formées aux techniques de production agroécologique, parmi lesquelles des producteurs, des techniciens agricoles, des étudiants, des entrepreneurs et des formateurs.
Le projet a également permis de former 40 producteurs devenus relais dans leurs territoires pour diffuser les pratiques agroécologiques auprès d’autres agriculteurs.
À l’ESA-INP-HB, des modules de formation en agroécologie ont été développés afin d’intégrer durablement ces thématiques dans les cursus agricoles. Des formations continues ont aussi été organisées au bénéfice des organisations paysannes, des ONG partenaires et des structures publiques d’accompagnement agricole.
Le projet a enfin encouragé l’innovation numérique à travers un hackathon et le développement de plusieurs prototypes d’outils numériques destinés à accompagner la production maraîchère agroécologique.
Valoriser les produits agroécologiques et sensibiliser les consommateurs
Pour accompagner la transition agroécologique, MARIGO a également travaillé sur la valorisation des produits issus de pratiques durables. Le projet a soutenu la création d’un système participatif de garantie et d’un label biologique local, « Labelivoire SPG », permettant de mieux identifier les productions agroécologiques auprès des consommateurs.
Cette initiative vise à renforcer la confiance entre producteurs et consommateurs tout en encourageant la réduction de l’usage des pesticides chimiques dans les systèmes maraîchers. Les réflexions menées dans le cadre du projet ont montré que la reconnaissance de la qualité des produits constitue un levier important pour accélérer l’adoption de pratiques agroécologiques.
Une visibilité renforcée pour l’agroécologie
Tout au long du projet, les partenaires de MARIGO ont multiplié les actions de communication et de diffusion des résultats. Le projet a été présenté lors du Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris, du Salon de l'Agriculture et des Ressources Animales (SARA) à Abidjan ainsi qu’à plusieurs événements scientifiques et institutionnels organisés en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest.
Des vidéos, policy briefs, ateliers régionaux, journées de l’agroécologie et supports pédagogiques ont été produits afin de sensibiliser largement les acteurs de la filière et le grand public aux enjeux de l’agriculture durable.
Le projet a également développé une importante présence numérique à travers son site internet et ses réseaux sociaux, contribuant à renforcer la visibilité des initiatives agroécologiques en Côte d’Ivoire.
Un héritage pour l’avenir des systèmes alimentaires ivoiriens
La clôture officielle du projet MARIGO, organisée en mai 2025 lors du SARA, a permis de présenter les principaux résultats obtenus aux institutions, partenaires techniques, producteurs et acteurs de la société civile. À cette occasion, la délégation de l’Union européenne en Côte d’Ivoire a salué la qualité du partenariat et l’importance des résultats obtenus pour accompagner la transformation durable des systèmes alimentaires ivoiriens.
Au-delà des résultats scientifiques et techniques, MARIGO laisse aujourd’hui un réseau d’acteurs renforcé, des outils de formation pérennes, des innovations adaptées aux territoires et une dynamique collective autour de l’agroécologie. Les partenaires du projet souhaitent désormais poursuivre cette mobilisation à travers de nouvelles initiatives autour de la santé des sols, de la biodiversité, de la qualité des aliments et de l’approche « Une seule santé ».