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Madagascar face à la crise du charbon : Des solutions existent pour éviter le pire
Utilisateurs du charbon de bois à Madagascar ©Cirad
Dans la région Analamanga, la hausse de la demande entraîne déjà des difficultés d’approvisionnement et une augmentation continue du prix du charbon. En effet, les 140 000 hectares de plantations d’eucalyptus qui alimentent la filière bois-énergie de la capitale, vieillissants et surexploités, ne suffisent plus à répondre aux besoins des habitants. Par conséquent, le prix du sac de charbon (sac de 250 kg de paddy) ne cesse de grimper, passant de 23 000 ariary en 2021 à près de 50 000 ariary en 2026. Des alternatives énergétiques existent (gaz, biogaz, électricité, solaire ou éthanol) certes, mais elles demeurent trop chères ou inaccessibles à la majorité des ménages. Résultat : la dépendance au charbon et au bois perdure.
Dans un tel contexte, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) a tiré la sonnette d’alarme lors des Assises pour l’Environnement, organisées le 4 mars 2026 à Ivato. Le Ministère a saisi cette occasion pour rappeler que près de la moitié des forêts de Madagascar avait déjà disparu entre 1953 et 2014 et que, si rien ne change, l’essentiel des forêts restantes pourrait disparaître d’ici 2050. Madagascar connaîtrait une crise énergétique majeure dans les années à venir.
Des solutions déjà à l’œuvre sur le terrain
Face à cette situation, l’Etat malagasy met en œuvre depuis plus de 10 ans des projets soutenus par l’Union Européenne pour structurer une filière bois-énergie durable autour d’Antananarivo. Entre 2015 et 2019, le programme ASA a financé plusieurs projets structurants - , AFIBERIA et ADIAFO – en étroite collaboration avec le MEDD, le, les services forestiers et les autorités locales. Cet engagement se poursuit dans le cadre du programme AFAFI Centre, avec les projets DIABE 1 et DIABE 2 (2020–2028) mis en œuvre par , , PARTAGE et le ºÚÁÏÍø911. L’objectif est simple : produire mieux, consommer moins, et gérer la ressource en bois de manière collective.
Des solutions déjà à l’œuvre sur le terrain
Face à cette situation, l’Etat malagasy met en œuvre depuis plus de 10 ans des projets soutenus par l’Union Européenne pour structurer une filière bois-énergie durable autour d’Antananarivo. Entre 2015 et 2019, le programme ASA a financé plusieurs projets structurants - , AFIBERIA et ADIAFO – en étroite collaboration avec le MEDD, le, les services forestiers et les autorités locales. Cet engagement se poursuit dans le cadre du programme AFAFI Centre, avec les projets DIABE 1 et DIABE 2 (2020–2028) mis en œuvre par , , PARTAGE et le ºÚÁÏÍø911. L’objectif est simple : produire mieux, consommer moins, et gérer la ressource en bois de manière collective.
Repenser la gouvernance locale
Sur le terrain, de nouveaux outils permettent d’organiser la filière bois-énergie au plus près des acteurs.
- Les Plateformes Bois-Énergie (PBE) réunissent au niveau communal les producteurs, charbonniers, transporteurs, et services forestiers pour dialoguer et coordonner les actions.
- Les Plans de Gestion des Reboisements (PGR) permettent d’identifier les zones adaptées et de planifier les plantations à l’échelle communale.
- Enfin, la Gestion Forestière de Proximité (GFP) donne aux collectivités locales les moyens de mieux contrôler la production et la circulation du charbon.
Les avancées concrètes en dix ans
- +20millions Arbres plantés
- 15 400ha Reboisés
- 12 600 Charbonniers formés
- 200 000 foyers améliorés distribués
Augmenter la productivité des plantations
Sur les Hautes Terres, les plantations d’eucalyptus ont généralement des rendements faibles ; mais la diffusion de techniques simples et efficaces auprès des producteurs, change la donne.
L’apport limité d’engrais au moment de la plantation permet de multiplier la production par cinq dans certaines zones. Le bénéfice net moyen supplémentaire atteint alors 4,5 millions d’ariary par hectare. Cette fertilisation est maintenant généralisée sur les nouvelles parcelles de DIABE 2.
L’accompagnement technique des producteurs - choix des parcelles, espacement et entretien des plants, offre de semences de qualité en partenariat avec le FOFIFA - a également permis d'obtenir des taux de survie de 70%, 6 ans après la mise en terre.
Produire le charbon autrement
L’autre levier clé est l’amélioration des techniques de fabrication du charbon. Aujourd’hui encore, les méthodes traditionnelles dominent avec un rendement très faible : 100 kg ne produisent qu’environ 10 kg de charbon (soit 10%). Avec les techniques améliorées de carbonisation, ce rendement peut atteindre 20 %. Concrètement, cela signifie qu’il est possible de doubler la production de charbon avec la même quantité de bois. Depuis 2015, ce sont plus de 12 600 charbonniers qui ont été formés à ces nouvelles techniques, avec un taux d’adoption élevé. En parallèle, la diffusion de foyers de cuisson améliorés permet aux ménages de prendre part à l’effort et de réduire leur consommation de charbon de 25 à 30 % par rapport à un fatapera classique.
Des bénéfices économiques et environnementaux concrets
Les actions combinées de reboisement, de techniques améliorées de carbonisation et la diffusion de foyers améliorés ont permis de sauver 80 000 hectares de forêt naturelle depuis 2015.
Au-delà des bénéfices environnementaux, ces projets ont également généré des retombées économiques significatives, avec 164 milliards d’ariary de revenus supplémentaires pour les différents acteurs de la filière bois-énergie. Ainsi les pépiniéristes génèrent individuellement environ 4 millions d’ariary de revenus annuels. Chaque charbonnier formé aux TAC bénéficie de 200 000 ariarys supplémentaires par an en moyenne. Les ménages utilisateurs de foyers améliorés économisent 180 kg de charbon par an, soit près de 257 000 ariary.
Les projets contribuent enfin à renforcer les finances des collectivités locales. Dans 50 communes productrices de charbon, ces activités pourraient permettre d’augmenter les recettes issues des ristournes forestières de 125 à 450 millions d’ariary par an.
Un défi majeur : changer d’échelle
Les solutions existent. Elles ont été testées, adaptées aux réalités locales, et donnent déjà des résultats concrets sur le terrain. L’État s’inspire ainsi d’ores-et-déjà des bonnes pratiques du projet DIABE (planification locale des reboisements, identification des zones de production de bois-énergie, renforcement des systèmes de traçabilité du charbon, etc.) pour réformer le cadre réglementaire de la filière bois-énergie.
Malgré ces résultats encourageants, le défi reste immense. Dans la seule région d’Analamanga, il faudrait environ 450 000 hectares de plantations productives pour couvrir durablement les besoins en bois-énergie. Autrement dit, les solutions existent, mais elles doivent désormais être déployées à grande échelle. Cela implique également une connaissance pointue des ressources disponibles, la professionnalisation des acteurs de la filière, et le renforcement de la traçabilité du charbon.
À Madagascar, le charbon de bois est bien plus qu’une source d’énergie : il est au cœur du quotidien de millions de familles. Mais sans transformation rapide, cette dépendance pourrait devenir une impasse. Le véritable enjeu est désormais collectif : accélérer, amplifier, et coordonner les efforts. Car derrière chaque feu de cuisson, c’est aussi l’avenir des forêts malgaches et des générations futures qui se joue.