Regard d'expert·e 8 mai 2026
- Accueil
- Les actualités du Cirad
- ´¡³¦³Ù³Ü²¹±ô¾±³Ùé²õ
- Global Gateway, opportunité pour la recherche
« Global Gateway, une opportunité pour une recherche davantage orientée vers les enjeux sociétaux et politiques »
Échanges entre partenaires dans le cadre du projet européen Dinamicc à Madagascar © ºÚÁÏÍø911, L. Fertin
Qu’est-ce que la stratégie Global Gateway change concrètement dans les relations entre l’Europe et l’Afrique, notamment dans les systèmes alimentaires ?
Sylvain Perret : Cette stratégie repositionne la coopération vers une approche davantage centrée sur les investissements et les transactions, les partenariats stratégiques notamment avec le secteur privé, l’innovation, la souveraineté et la compétitivité. Si elle est de portée mondiale, l’Afrique constitue un continent prioritaire. En somme, l’Europe affirme sa volonté de « faire du business » avec le continent africain.
Même si l’éducation, la recherche et l’innovation sont pointés comme des éléments importants dans cette stratégie, il nous faut en redéfinir les contributions, leurs modalités d’action et leurs objectifs. C’est un défi, car l’agriculture n’est pas identifiée comme un secteur majeur d’intervention du Global Gateway, qui privilégie d’autres priorités telles que l’énergie, les transports, ou le numérique. Pourtant, en Afrique une très large majorité des systèmes d’activité et de revenus relève de l’agriculture. La commission attend de nous des propositions. Pour nous c’est une formidable opportunité pour renforcer une recherche davantage orientée vers les enjeux sociétaux et politiques, de construire des partenariats fondés sur la confiance, la durabilité et la prospérité partagée, et de valoriser les acquis en matière de chaines de valeur agricoles, particulièrement pertinentes pour le secteur privé.
La mise en œuvre du Global Gateway devra s’appuyer sur des compétences renforcées, des connaissances mobilisables, et des écosystèmes d’innovation dynamiques. En effet, pour que ces investissements produisent des impacts durables, ils doivent reposer sur un continuum solide entre éducation, recherche et innovation.
Pourquoi mettre l’accent sur ces trois volets ?
S. P. : Nous sommes convaincus que les investissements doivent aller au-delà des infrastructures physiques. Il n’y aura pas de transformation durable sans investir aussi dans les femmes et les hommes, dans les connaissances et dans les capacités d’innovation des territoires. C’est le message que nous avons fait passer à la fois dans une récente ainsi que lors d’un séminaire* organisé le 23 avril dernier à Bruxelles.
L’événement a réuni des représentants de plusieurs directions générales de la Commission européenne*, de partenaires africains tels que le Forum régional des universités pour le renforcement des capacités en agriculture (RUFORUM) et le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), ainsi que des représentants du secteur privé.
Les échanges ont mis en évidence le rôle essentiel que l’agriculture et les systèmes alimentaires jouent dans la mise en œuvre du Global Gateway et dans la réponse aux nombreux défis interdépendants auxquels nous sommes confrontés. J’en retiens que la Commission européenne compte sur nous et nous fais confiance. Dans ce contexte, Agrinatura a un rôle clé à jouer au sein de la Team Europe pour construire des partenariats équitables et multi-acteurs.
Comment le rôle de la recherche se redessine-t-il dans ce nouveau contexte orienté vers l’investissement et l’impact ?
S. P. : Si la production de connaissance demeure au cœur de la mission scientifique, elle ne suffit plus à elle seule. La recherche doit désormais accompagner les transformations en développant des dispositifs-interfaces avec les différents acteurs (living labs, accélérateurs, innovation hubs, etc.) dont le secteur privé, en soutenant les politiques publiques et en renforçant les écosystèmes de l’innovation (services de formation et de vulgarisation, incubateurs, accélérateurs, etc.).
Par son histoire et ses spécificités, le ºÚÁÏÍø911 dispose d’atouts importants dans cette évolution. Sa culture du partenariat, son dialogue constant avec une grande diversité d’acteurs, y compris le secteur privé, ainsi que ses expertises en modélisation, en prospective, en co-construction et en évaluation de l’impact lui confèrent une position particulière.
Pourquoi les partenariats entre institutions européennes et africaines deviennent-ils encore plus stratégiques aujourd’hui ?
S. P. : Parce que les défis auxquels nous faisons face sont profondément interdépendants. Plusieurs enjeux urgents exigent une action coordonnée entre l’Europe et l’Afrique : le développement de la bioéconomie et de l’économie circulaire, l’émergence d’acteurs du secteur secondaire, la promotion de chaines de valeur stratégiques comme leviers de transformation ou encore la création d’emplois attractifs.
Cette dernière question est particulièrement pressante en Afrique : chaque année 15 à 20 millions nouveaux jeunes actifs arrivent sur le marché du travail. Or, le secteur secondaire demeure structurellement limité dans de nombreuses économies africaines. L’agriculture et les systèmes alimentaires resteront donc, pour longtemps encore, d’importants gisements d’emploi. L’éducation, la recherche et l’innovation sont essentielles pour accompagner cette transition vers des systèmes agricoles plus attractifs, plus productifs et mieux rémunérateurs, tout en favorisant le développement d’activités de transformation et de stockage créatrices de valeur.
Les partenariats entre institutions africaines et européennes de recherche et d’enseignement agricoles doivent être au diapason des excellentes relations entre l’Union Africaine et l’Union Européenne, matérialisées par le HLPD sur Science, Technology et Innovation et le partenariat FNSSA (Food and Nutrition Security and Sustainable Agriculture). Ils permettent de mobiliser des expertises, des ressources et des capacités d’innovation complémentaires afin de développer des solutions adaptées et de renforcer l’impact des investissements.
Dans cette dynamique, le ºÚÁÏÍø911 joue un rôle de passerelle entre les acteurs africains et européens, en s’appuyant sur son expérience historique de la coopération et de la co-construction autour des transitions des systèmes alimentaires.
Pour Agrinatura, ces partenariats sont essentiels pour renforcer durablement les capacités de recherche, de formation et d’innovation, et pour accroitre l’impact des investissements portés par la stratégie Global Gateway, notamment en matière de souveraineté, d’emplois et de développement des capacités.
* Partenariats Internationaux (INTPA), Agriculture et Développement rural (AGRI) et Recherche et Innovation (RTD),